
C'est au ciné. C'est en ce moment. C'est à voir.
C'est perturbant. Ca parle de désamour, entre une mère et son fils.
Comment ne pas se poser de questions en sortant de ce film. Comment une relation aussi confuse peut-elle se développer entre une mère et un fils ? Comment un être humain peut-il naître en ayant à ce point le vice dans la peau ?
Eva est écrivain. Elle tombe enceinte un peu par hasard, et semble ne pas trop savoir comment gérer la venue de cet enfant. L'accouchement se fait dans la douleur, et les premiers mois semblent compliqués à gérer avec ce bébé qui pleure tout le temps, ce d'autant qu'elle a été obligée de mettre sa carrière qui semblait la passionner entre parenthèse.
L'enfant a dû sentir ce malaise et en profite pour lui en faire voir des vertes et des pas mûres. Dès qu'il est en âge de faire preuve d'un petit peu de libre arbitre, il refuse à sa mère, tout ce qu'il offre à son père : la parole, le jeu, l'apprentissage.
Avec le temps, les choses vont en se dégradant. Forcément, le père ne voit rien, puisqu'il a avec son fils une relation qu'il croit saine et appaisée. Il ne comprend pas les plaintes de sa femme et met en doute sa parole. Eva tente alors de conjurer le sort en tombant à nouveau enceinte. Cette petite soeur qui arrive ne permettra pourtant pas de renouer le dialogue entre elle et Kevin. Les seules fois où Kevin donne l'impression de revenir vers elle sont les moments où il est en situation de faiblesse, i.e. malade, etc...
Très jeune Kevin se découvre une passion pour le tir à l'arc, et son père va le pousser à s'entrainer dans le jardin de leur grande propriété. Mais le fait que son fils, qu'elle prend pour déséquilibré manie des armes, semble inquiéter Eva.
Arrivé sur ses 16 ans, tout va déraper, et Kevin va aller au bout des tortures qu'il infligeait jusque là à sa mère, à petit feu, par le biais de mesquineries quotidiennes.
Ce film pose plusieurs questions. Peut-on naître mauvais ? C'est dur à croire et à penser, et pourtant, en sortant de la salle on serait tenté d'adhérer à cette thèse. Si le patrimoine génétique joue un rôle prépondérant dans la définition de qui l'on est, le libre arbitre évoqué précédemment, et que m'a à juste titre rappelé Florent lors d'une discussion récente, est également un paramètre à ne pas négliger. Certaines personnes sont attirées par ce qui est mal et inclinent, volontairement ou non à agir de la sorte. Le contexte et le milieu familial jouent bien évidemment un rôle fondamental. Un rôle de catalyseur dans le cas où l'on fait sien le paradigme d'une prédisposition au bien ou au mal. Un rôle d'instruction d'un certain nombre de valeurs, et d'éducation pour être capable d'évoluer en société. Le foyer doit également être le lieu de l'amour, là où l'on en reçoit et où on en donne.
Je pense que dans le cas de Kevin, c'est ce qui a clairement été défaillant. Il est peut-être né mauvais. Je n'en sais rien. Mais voir cette mère tenir son bébé qui pleure à bout de bras et le secouer légèrement en espérant qu'il se calme, plutôt que de le serrer contre elle et le prendre franchement dans ses bras comme le ferait n'importe qu'elle mère, pour lui transmettre de l'affection est choquant. Comment un enfant pourrait-il développer une relation de confiance avec un parent qui en a peur ? Comment l'amour filial peut-il trouver sa place dans ce contexte ? Ca me paraît difficile. Partant de là, tout a été de mal en pis.
J'ai également été profondement choqué par l'absence flagrante d'autorité dans ce film. A aucun moment la mère n'éduque son enfant et ne lui impose de règles qui pourtant des règles de respect et de savoir vivre. Il me semble que l'autorité est un des pendants de l'éducation. Elle doit nécessairement s'accompagner de l'amour évoqué précédemment, mais ne saurait être totalement absente d'une relation parent - enfant. Les parents fixent les règles de la vie au sein du foyer. Ils essayent autant que faire se peut de les justifier et de les argumenter pour que les enfants les comprennent et les intègrent. Mais il est un moment où les enfants doivent les respecter, qu'ils aient compris, qu'ils soient d'accord, ou non. Kevin a ostensiblement rejeté toute règle et toute forme de respect en provenance et / ou vis-à-vis de sa mère. La scène du mini-golf et du dîner au restaurant est flagrante à cet égard.
Ce film est un beau film. Un peu perturbant. Il est bien monté. L'histoire n'est pas linéaire comme je viens de te la raconter. On est dans la tête d'Eva, après le drame, rongée par ses névroses, qui essaye de se reconstruire tant bien que mal, mais qui ne peut s'empêcher de se remémorer ce qui les a fait en arriver là.
Les acteurs sont bons. Le scénario est bien ficelé, mais le drame en lui-même est convenu et semble être le seul moyen d'expression d'une violence et d'une révolte adolescente américaine.
Si tu veux aller te faire un film au ciné, We need to talk about Kevin ne devrait pas te décevoir.