Je ne vais pas m'étendre de trop sur cet ouvrage. D'une part parce qu'il est assez dense intellectuellement, et que ca fait déjà plusieurs semaines que je l'ai lu, je n'ai donc plus toute la matière pour t'en parler de la manière qui convient ; d'autre part parce que j'ai été déçu.
Autant j'ai été transcendé par l'essai sur l'inutilité des partis politiques que Simone Weil a rédigé, et dont je t'ai déjà parlé ici, autant j'ai trouvé cet essai poussif et loin de la réalité. Elle le dit elle-même, elle ne cherche pas à proposer de solutions aux problèmes qu'elle pose. Ca me gêne toujours un peu.
Dans les grandes lignes, elle cherche au cours de ce livre à définir ce qu'est la liberté, et à expliquer en quoi le travail nous en prive. Si l'on suit son raisonnement jusqu'au bout (et elle le dit tel quel dans le livre), il faudrait, pour pouvoir jouir à nouveau d'une liberté pleine et entière, revenir à un fonctionnement primitif, où chacun devrait se battre pour survivre, mais aurait au moins la possibilité de ne pas dépendre d'un autre.
Je trouve que réduire la liberté à l'existence de rapport hiérarchiques au sein d'une entreprise ou à la dépendance que génère vis-à-vis des autres l'organisation en société, est la marque d'une certaine étroitesse d'esprit, dans laquelle j'ai du mal à projeter l'auteur. Elle qui m'avait tant inspiré sur le livre précédemment cité, fait ici complètement fi des avantages que chaque individu retire de son appartenance à un groupe, du confort qu'il tire à faire partie d'une entreprise, et donc à bénéficier d'un salaire.
Bien entendu la question des rapports humains dans l'entreprise est légitime, et le fait que chacun doive pouvoir trouver un épanouissement dans son activité est important. Mais réduire le fait de travailler à une notion d'exploitation me débecte.
Voilà, j'ai été déçu par cet essai.
PS : il ne s'agit pas de Simone Veil, toujours en vie et ancienne ministre, mais d'une philosophe de la première moitié du XXème, disciple d'Alain.