Cet article sera le premier d'un diptyque sur David Cronenberg. Je ne sais trop comment l'aborder. Mes idées sont confuses lorsque je repense à ses films. Je ne les ai pas aimé. Mais pire que cela, je n'en garde que de vagues souvenirs quant au propos qui à chaque fois me semble bien difficile à cerner.
Le premier dont j'aurais voulu te parler est A Dangerous Method. J'ai abandonné l'idée d'en faire une note car, comme je manquais de temps (tu auras remarqué que j'avais plein d'article en retard) et que ce film ne présentait à mon sens aucun intérêt, j'ai préféré me concentrer sur d'autres sujets.
Puis j'ai acheté il y a quelques semaines le DVD de Crash, un film primé à Cannes en 97. Je voulais voir ce que ce réalisateur dont j'avais déjà entendu parler avait dans le ventre. Je n'avais pas fait le lien à ce moment là avec A Dangerous Method. Mais ce qui m'a vraiment décidé à faire cette série de deux articles sur Cronenberg, c'est le fait d'avoir vu Cosmopolis ce week-end. J'ai ressenti le besoin de regrouper le tout, et de t'expliquer pourquoi je ne suis pas sensibles aux travaux de ce réalisateur.
Prenons-les dans l'ordre dans lequel je les ai découvert. A Dangerous Method. Je vais être très direct, j'ai trouvé ce film chiant, mais c'est clairement celui qui est le plus accessible. Cronenberg y décrit la vie d'un des disciples de Freud, et la méthode qu'il a développé pour guérir une patiente atteinte de troubles psychologiques. Cette méthode n'est en fait pas réellement contrôlée car il s'agit de s'engager dans une relation, physique, sadomasochiste avec elle, et le héros finit d'ailleurs par en tomber amoureux. Freud désapprouve la relation nouée entre le praticien et sa patiente. C'est d'ailleurs là la seule vertu de ce film, c'est de montrer à quel point Freud agissait tel un gourou à la tête d'une secte, en faisant et défaisant les carrières de ses disciples, selon qu'ils acceptaient ou non de suivre bêtement la doctrine du maître. Pour plus de détails sur la grande imposture psychanalytique, je vous renvoie à l'excellent livre de Michel Onfray, Le Crépuscule d'une Idole, dont je n'ai malheureusement pas parlé sur ce blog car il n'existait pas encore lorsque j'ai lu cet ouvrage.
Une certaine lenteur est omniprésente tout au long du film, ce qui est un élément assez caractéristique de Cronenberg, mais qui n'apporte rien, ni à l'esthétique, ni au propos. Il est par ailleurs très dur de retranscrire cinématographiquement des paysages, des descriptions fleuves ou des époques avec le brio littéraire d'un Balzac ou d'un Zola. A ce niveau là, Cronenberg se plante à tous les coups.
On notera également l'intervention ratée de Vincent Cassel dans le rôle d'un psychanalyste lubrique et fou qui ne pense qu'à forniquer, ce qui montre là encore la capacité de Freud à faire de n'importe qui un psychanalyste, pourvu qu'il adhère à ses théories.
Globalement ce film est dépourvu d'intérêt, alors passons comme je suis passé à l'époque. Et découvrons maintenant Crash. Ce film suit un couple libertin à la dérive, qui a besoin de se mettre de plus en plus en danger pour prendre du plaisir. Le danger passera alors par des pratiques sadomasochistes (encore !), mais surtout par un rapport malsain à la voiture et à la route et à une mise en danger réelle, physique, ne pouvant avoir comme terme que la mort (ce qui en soit se rapproche d'une forme de sadomasochisme poussée à l'excès où la douleur physique trouverait son apogée dans une jouissance symbolisée par une mort douloureuse).
Là encore, le film est long. Pas en durée, simplement on s'y ennuit. L'atmosphère est glauque au possible, et l'adultère permanent finit par être dérangeant, surtout lorsqu'il se fait en présence du mari ou de la femme. Deuxième élément assez caractéristique des films de Cronenberg qui nous avait été épargné dans A Dangerous Method (ouf !), les dialogues semblent parfois assez décousus et rendent le film difficilement accessible. Et c'est là pour moi l'échec de Cronenberg en tant que réalisateur : c'est cette incapacité à faire des films qui parlent aux gens, ou plutôt devrais-je dire, cette volonté flagrante de jouer sur un pseudo-intellectualisme pour se donner à lui-même l'image d'un réalisateur intello. Cette démarche égocentrique me donne la sensation d'être confronté soit à un cinéma pédant, hautain et prétentieux auquel je ne comprends pas tout voir rien, soit au dernier des nanards tout juste bon à être diffusé sur une obscure chaîne du câble aux heures où les gens travaillent (ou dorment, au choix).
Ce qui m'attriste, c'est que ce ressenti aurait pu être un phénomène isolé si il ne s'était pas renouvelé lors de la vision de Cosmopolis ce week-end, Cosmopolis qui fera donc l'objet de ma note de cette après-midi.
Ces deux films posent les bases de ce qui constituent pour moi les principales caractéristiques du cinéma de Cronenberg : lenteur, dimension descriptive, dialogues décousus, maigreur du scénario.