Je vais commencer par confesser une forme de lâcheté. Je publie cette note le week-end, et je ne donne pas le titre du livre en question, parce que je ne l'aime pas. Mais je pense qu'une partie d'entre vous aura compris de quoi il s'agissait. En même temps, Robert (Robert - encore un -, tu permets que je t'appelle Robert ?), tu l'as vraiment joué provoc' sur ce coup là... Mais je peux comprendre l'envie de secouer des esprits trop formattés.
Pourquoi formattés ? Parce qu'aujourd'hui il est de bon ton de montrer qu'on est anti-fasciste, qu'on pense plus à gauche qu'à gauche. On se dit démocrate mais on refuse le dialogue avec des personnes défendant des idées qui nous déplaisent.
Et c'est là tout le propos de Robert. Rien de plus. Rien de moins.
Il ne défend pas Le Pen. Ce n'est pas un lepéniste ni un militant d'extrême droite (je vois d'ailleurs mal comment on pourrait mener le combat qu'il a mené pendant 20 ans au sein de Reporters Sans Frontières en portant ce genre d'idéaux). Moi non plus d'ailleurs. Sauf qu'aujourd'hui on pourfend à qui mieux-mieux cet extrême qui est présenté comme le mal absolu, mais on tolère voire défend en toute impunité d'autres extrêmes qui promeuvent pourtant parfois d'autres formes de haine. La démocratie et la liberté d'expression ont visiblement leurs raisons que la raison ignore. On bride ainsi allègrement certaines sonorités discordantes et les journalistes sont les premiers responsables de ce partisanisme lorsque certains d'entre eux, à l'image de Drucker ou Ruquier, refusent de recevoir certains responsables politiques ayant des idées qui leur déplaisent. Misère, disais-je il y a quelques semaines...
Pourtant un rapport du Conseil pour les Droits de l'Homme de l'ONU rappelle bien (page 11) que la liberté d'expression c'est autoriser tous les points de vue, quels qu'ils soient :
"Additionally, the Special Rapporteur reiterates that the right to freedom of expression includes expression of views and opinions that offend, shock or disturb."
Ce qui signifie littéralement :
"Qui plus est, le rapporteur rappelle que le droit à la liberté d'expression inclut l'expression de points de vue et d'opinion qui offensent, choquent ou perturbent."
Tout cela doit bien sûr rester dans le cadre du droit commun, et si dérapage il y a, comme une incitation à la haine raciale par exemple, le droit s'applique, quelle que soit la personne qui commet le dérapage.
Or il s'avère que cette intelligentsia qui se targue à longueur d'édito et de tribunes de faire partie de ce qu'on appelle la patrie des Droits de l'Homme, semble avoir une vision plus qu'étriquée de ces droits. Elle nous impose une forme de bienpensance, mais refuse le débat et (s')empêche de concevoir que l'on puisse penser différemment.
Et pourtant. J'ai trouvé délectable cette citation rappelée par Robert...
"En raison de la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs familles, la poursuite de l'immigration pose aujourd'hui de graves problèmes. Il faut les regarder en face et prendre rapidement des mesures indispensables. La cote d'alerte est atteinte [...]. C'est pourquoi nous disons : il faut arrêter l'immigration sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. Je précise bien : il faut stopper l'immigration officielle et clandestine. Il faut résoudre l'important problème posé dans la vie locale française par l'immigration".
... citation qui n'est ni plus ni moins que de... Georges Marchais, en 1980 !
La mémoire et le jugement de valeur de nos amis pourfendeurs de la malpensance et combattant une forme de néo-fascisme qui 1. ne veut rien dire et 2. n'existe que dans leurs esprits, sont un peu sélectifs. Ne jugeons donc pas trop vite le feuillet de Robert Ménard. Son seul propos finalement c'est d'inviter à plus d'écoute et à être capable de réfléchir sur tous les points de vue évoqués. Tous. Qu'on soit d'accord ou non. En ce sens c'est un bon feuillet, avec un mauvais titre.